L'ENTRACTE - EXPOSITION D'ART CONTEMPORAIN

Agenda
Dates: 24 avril 2020 00:00 - 20 juin 2020 00:00

Lieu: L'Escal - Rue ERIK SATIE

Interview Vincent Sarda

 

De larges bandes bleues entrecoupées et altérées de coups de pinceaux et d’interventions chimiques. C’est ce qui vous attend en pénétrant l’univers de Vincent Sarda. Son studio, tout comme lui, est élégant, calme, discret et respectueux de l’Art et son histoire. Sarda, la petite trentaine, vous salue depuis la ville de Toulouse dans le sud de la France. Loin d’être un centre du monde de l’Art, la ville possède tout de même une école d’art très respectée, quelques galeries et des musées aux programmes ambitieux.

« J’ai encore tout à prouver », dit Sarda.

Récemment, Sarda a clôturé son exposition personnelle à l’Espace Culturel Portail-Haut et le peintre est de retour dans son atelier travaillant à de nouvelles créations. Avant cela, il avait présenté en 2017 ses travaux dans une exposition personnelle à Galerie M, une galerie d’art contemporain toulousaine fondée par M. Yoann Maestri, connue pour présenter les oeuvres d’artistes émergents français.

On remarque assez vite que le travail de Sarda débute avec le bleu. Sa palette de couleurs se concentre autour de bleus profonds et de noirs, parfois entrecoupés de gris clairs et de crèmes. Le peintre est en constante volonté d’évolution de son expression, mais il ne s’agit pas d’exécution conceptuelle d’idées fluctuantes.

« Comme Pierre Soulages le disait : C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche.
Je ne suis pas un architecte ou un artisan avec un cahier des charges spécifique à remplir. Mon but en peinture est la recherche, donc lorsque j’ai trouvé, alors le processus est achevé. C’est le travail du peintre. »

Sarda explique que les origines de ses travaux proviennent d’un seul et unique point d’origine, personnel et secret. Chaque fois, il y revient et puise dans cette source pour trouver inspiration et direction. Il y a quelque chose de rituel dans sa manière de chercher à retrouver et créer des oeuvres issues de son propre subconscient.

La forme de goutte prend le devant de la scène avec ses formes mutantes illimitées se multipliant au fil de ses compositions. Les surfaces sont multi-couches, l’artiste les travaillant de manière routinière en plusieurs sessions, ajoutant et ôtant - choisissant parmi sa boîte à outils faite d’acrylique, de bombes de peinture, d’encres, d’eau et d’acétone.

« En regardant tes oeuvres il apparait que tu travailles de manière plutôt traditionnelle, mais te connaissant, je ne pense pas que tu sois un traditionaliste. Qu’y a-t-il, dans ta manière de travailler avec la peinture de nos jours, comme tu le fais toi, que tu trouves toujours assez important pour y dédier ta vie?
— La connaissance des bases techniques est de toute évidence nécessaire. Selon ce que vous souhaitez faire, il est important de bien savoir choisir son outil. Il est vrai que lorsque vous vous engagez dans un style abstrait, l’idéal est de varier sa technique et de la développer, ce qui a une conséquence directe sur le résultat d’un travail. Créer ses outils pour obtenir le résultat désiré est un aboutissement fort, l’épilogue de votre recherche. Cela vous emmènera également vers de nouveaux horizons souvent inattendus », dit Sarda.

Depuis l’enfance jusqu’à ce jour, Sarda trouve l’inspiration dans une multitude de disciplines - allant de la haute couture à l’architecture.

« Tu es du sud de la France, et tu as un studio à Toulouse. Mais le monde de l’art est de plus en plus global, et la peinture en particulier se prête bien à l’exposition sur Instagram et les réseaux sociaux. Est-ce que l’idée de communauté est importante pour toi ? Est-ce quelque chose que tu recherches ou, au contraire, cherche à éviter ?
— Peinture et Histoire de l’art sont aujourd’hui présentes sur Internet mais uniquement à titre d’image numérique, ne l’oublions pas. Une peinture présente sur écran numérique perd toute sa valeur physique. Il faut l’avoir prise en photo ou scannée pour la transformer en une image numérique qui pourra ensuite être publiée sur Internet. Ce qui dénature complètement le propre d’une peinture. Il n’y a aucune satisfaction ou considération à tirer de travaux picturaux réduits au rang d’images circulant ensuite sur Internet. En peinture, il ne faut pas se laisser piéger par les images digitales qui indéniablement dominent uniquement sur le terrain du numérique », dit Sarda.

Et pourtant, les représentations digitales d’oeuvres d’arts occupent une place majeure dans la manière dont une grande partie du marché prend des décisions. Artsy, la première plateforme de vente d’art contemporain en ligne déclare avoir facilité pour 20 millions de dollars de ventes par mois, et a annoncé l’année dernière une levée de fonds de 50 millions d’euros pour Série D. Avec des chiffres de cette envergures et des leaders de l’industrie comme Larry Gagosian et Dasha Zhukova dans le coup - les ventes en ligne se sont faites une place confortable dans la part haute du marché. Pour le marketing (la commercialisation), Instagram est devenu le canal le plus important autant pour la communication avec ses fans que pour les collectionneurs, mais aussi pour attirer leur attention dans un premier temps.

« Instagram est un réseau social qui m’est utile comme seconde vitrine à mon site web. Il est comme un support auxiliaire. C’est peut-être même d’ailleurs ma première vitrine, mais je n’y poste vraiment que le strict minimum. Je n’y présente pas ma vie privée ni mes goûts personnels, comme cela se fait sur un blog. »

« Nous parlons souvent d’art, et ce qui revient régulièrement c’est le conflit, ou le paradoxe, inhérent au fait de parler de quelque chose d'intrinsèquement visuel. Bien entendu, ici encore nous parlons d’art. Il n’est pas controversé d’expliquer que les peintures sont des créations physiques qui existent au delà des mots. Peindre est parfois considéré comme un langage en lui-même, et les Hommes ont une longue histoire d’incorporation de visuels dans leur communication - des hiéroglyphes aux pictogrammes ou emojis. Pourtant il y a quelque chose de profondément contre-productif dans notre monde post-moderne à voir les peintres être constamment interrogés et que l'on attende d’eux d’expliquer leurs travaux et leurs décisions comme les conceptualistes. Comment traites-tu cette dualité qui consiste à devoir sans cesse expliquer ton travail, tout en créant des oeuvres qui ne s’inscrivent pas facilement dans une narration évidente?
— Le paradoxe est inhérent à la peinture, voire même à l’art en général. Dans l’art contemporain on aime à dire que l’idée de la peinture est de mettre le spectateur face à lui-même. C’est une idée intéressante. Mais je pense que l’on tend à oublier l’aspect premier de l’art comme langage brut. Est-ce que le spectateur préfère développer son propre avis ou bien se plait-il à rester dans sa zone de confort où toute information, provenant d’un encart, viendrait lui être servie sans le moindre besoin de réfléchir ? Cela démystifie l’approche et le jugement constructif. »

Exploration et itération sont des éléments clés du travail de Sarda, il n’est donc pas surprenant qu’il ne pense pas que le spectateur puisse s’en sortir sans effort. Son travail rigoureux est produit dans son studio, mais le cadeau délivré par son labeur reste à déballer dans la salle d’exposition.

« Un questionnement se perd lorsqu’on vous en donne la clef car il prend justement tout son sens quand vous faites l’effort d’y trouver une réponse. Le spectateur a le devoir de se situer dans l’espace de l’oeuvre pour forger ensuite son opinion. La peinture a, selon moi, un but suprême, celui de plaisir, d’évasion, de projection spirituelle. Aucun message fondamental n’est transmis au spectateur à travers ma peinture. Dans l’Histoire de l’Art, il y a plusieurs périodes où la nécessité et l’importance du message dans la peinture différaient. Notamment dans l’art religieux où il y avait une urgence représentative, ce qui n’est plus le cas dans l’art contemporain. Les gens apprécieraient davantage une exposition s’ils comprenaient qu’il ne sert parfois à rien d’intellectualiser chaque oeuvre. C’est donc le seul conseil que je pourrais donner concernant mon travail. »

 

 

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  • Du 24 avril 2020 00:00 au 20 juin 2020 00:00
 

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